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Ce n’était qu’une simple carte postale avec quelques mots mais pour moi, c’était le plus beau cadeau de ‘Hanouka.

SPAIN-CIRCA 1998:A stamp printed in SPAIN shows image of The Generation of '98 was a group of novelists, poets, essayists, and philosophers active in Spain at the time of the Spanish-American War (1898), circa 1998.Afin d’achever mon cycle d’études (alors que j’étais déjà mariée et j’avais déjà plusieurs enfants), j’avais choisi de suivre des cours de littérature espagnole. Cette option m’avait semblé vraiment passionnante.

Mais le premier cours se passa très mal, car sans le vouloir je vexais le professeur, qui répondait au nom de Mendez. Un sentiment d’antipathie se développa crescendo contre moi au cours du trimestre.

Quand nous rendîmes nos copies de mi-trimestre, le professeur en profita pour se venger de moi. J’avais bien préparé mon rapport mais il ne me gratifia que d’une note passable, prétextant que j’avais mal interprété le sujet. J’étais vraiment furieuse et ma famille prit mon parti : ce professeur était sans doute un antisémite.

Juste à cette époque, j’écrivais quelques histoires dans un magazine et cette semaine, parut l’une d’elle. Elle contenait des épisodes particulièrement touchants de mes souvenirs d’enfance durant les fêtes, et j’apportai le magazine pour le montrer à certains de mes camarades. J’avais même prévu de le montrer au professeur. Mais ce soir-là, une nouvelle discussion éclata dans la classe et la question fut une fois de plus réglée à mon désavantage : je fus obligée de quitter la classe tant les propos étaient devenus désagréables à mon encontre.

Au milieu des escaliers – et je ne saurai jamais pourquoi – je me repris et retournai sur mes pas. Les étudiants avaient quitté la classe et le Professeur Mendez rangeait ses affaires. Il me regarda, surpris, et je lui montrai mon article. Il y jeta un coup d’œil rapide puis, à mon grand étonnement – me demanda la permission de le lire plus attentivement à la maison. Il me le rapporterait le lendemain.

La semaine suivante, il me demanda de rester après le cours. Là, à ma grande surprise, il m’expliqua combien il avait apprécié mon article : « Cela m’a rappelé ma propre enfance, dit-il rêveusement. Durant la seconde guerre mondiale, mes parents célébraient les fêtes clandestinement, chaque année dans un autre endroit, tout en se demandant où ils se trouveraient l’année suivante. »

Heureusement que j’étais assise parce que sa question suivante me stupéfia littéralement : « Comment avez-vous su que j’étais Juif ? »

Comment ? Le professeur Mendez était donc Juif ? Je n’en croyais pas mes oreilles !

« Durant la guerre, mon père a changé de nom pour que nous puissions nous enfuir vers l’Amérique du Sud. Nous nous sommes appliqués à apparaître comme des non-Juifs. »

Ensemble nous avons encore discuté longuement de la vie juive et du judaïsme.

Le mardi suivant, juste avant que je ne quitte la maison, l’une de mes filles me retint : elle avait reçu plusieurs kits de ‘Hanouka (Ménora, bougies, toupie et guide) avec pour mission de les distribuer à des personnes qui – autrement – n’allumeraient pas les lumières de la fête.

« Donne-moi un kit, j’en ai justement besoin. Et emballe-le joliment dans un papier cadeau ! »

Après le cours de littérature espagnole, j’attendis que les étudiants quittent la salle et offris le cadeau au Professeur Mendez :

– Qu’est-ce donc ? demanda-t-il, curieux et amusé. Un gâteau que vous avez préparé vous-même ?

– Je vous en prie, répondis-je en secouant la tête, l’air mystérieux. Ne l’ouvrez pas avant d’arriver chez vous. Lisez attentivement ce qui est écrit à l’intérieur et, quoi qu’il arrive, gardez-le et réfléchissez-y ! Joyeux ‘Hanouka !, terminai-je, tout en le saluant respectueusement.

La fois suivante, je lui demandai :

– Avez-vous allumé la Ménora ?

– Non, répondit-il. Comme je vous l’ai expliqué, je ne suis pas pratiquant. Ma vie a complètement changé depuis la guerre.

Il me précisa qu’il avait néanmoins placé la Ménora sur son bureau à la maison, mais n’avait pas jugé utile de s’en servir.

– Pourquoi ? demandai-je. N’est-il pas temps pour vous de retourner à vos racines ? Allumez les bougies pour retrouver votre identité ! Il n’est plus nécessaire de vous cacher !

– Peut-être une autre fois, répondit-il évasivement. Mais pas maintenant. Merci tout de même !

Aujourd’hui, ‘Hanouka, un an plus tard, il m’avait envoyé cette carte postale. Je lus le message encore et encore, car il me remplissait de joie. Ce n’était que quatre mots mais si émouvants : « Les bougies sont allumées ! » Il avait signé : Professeur Mendez et, en-dessous, en petits caractères : Yehouda Mendelovski.

Il existe de nombreux combats et toutes sortes de victoires. L’héroïsme dont vous avez fait preuve, Professeur Mendez, est comparable aux batailles menées par les Maccabim d’antan. Quand nous allumerons nos lumières, ce soir, avec ma famille réunie, je penserai à vos nouvelles petites lumières, ces flammes si fragiles mais qui ont vaincu l’obscurité, ces flammes victorieuses.

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